Guinée : L’éternel recommencement politique ! (Par Oumar Yarani Keita)

Arrivé au pouvoir en 2010 et réélu pour un second mandat en 2015, le Président Alpha Condé est censé passer le relais en 2020 en application de l’article 27 de la constitution de 2010 qui limite le nombre de mandats présidentiels  à deux.

Néanmoins, entre la théorie et la pratique, il y a souvent un fossé océanique.

En effet, cette disposition limitative du nombre de mandats présidentiels a existé dans notre constitution depuis l’avènement du multipartisme en 1990. Toutefois, elle n’a jamais été respectée.

On se rappelle que Sékou Touré, s’est maintenu au pouvoir de 1958 jusqu’à sa mort en 1984. Comme il n’a songé à préparer sa succession, à sa mort, le pouvoir se retrouva dans la rue, et naturellement, un groupe de militaire, sous commandement de Lansana Conté,  s’en accapare.

Lansana Conté qui devient donc Président en 1984, est contraint, par les pays occidentaux  et par les institutions internationales d’aide au développement, de démocratiser son régime. Le multipartisme est ainsi introduit, et une disposition de la constitution de 1991 impose la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels.

Cette constitution de 1991 permet au Président Lansana Conté d’être élu une première fois en 1993, puis réélu pour un second et théorique dernier mandat en 1998. A la fin de ce second mandat, lui aussi, ne manque pas d’imagination pour s’assurer d’une présidence à vie. Dans ce sens, il fait modifier la constitution, et se présente et  remporte la présidentielle de 2003

En 2008, Lansana Conté meurt. Lui aussi, comme il n’a jamais songé à préparer sa succession, le pouvoir est à nouveau dans la rue, et appartient désormais aux plus forts, donc ceux qui sont dotés des armes. Voilà encore,  un autre groupe militaire amené par le tristement célèbre Capitaine Dadis Camara s’accapare du pouvoir. La Guinée s’enlise dans une crise politique dont les conséquences ont coûté la vie à des centaines de personnes.

Ainsi débuta le « règne » de Alpha Condé, après donc la « Parenthèse Dadis » et à l’issue d’une autre transition honorablement conduite par Général Sékouba Konaté, qui pour une fois n’a pas voulu être un « Président de toujours ».

Alpha Condé, professeur de droit, opposant historique qui se définit lui-même comme le « Nelson Mandela » de Guinée, est sans doute, en 2010, une personnalité perçue par les guinéens comme quelqu’un qui a la « main propre » parce que tout simplement, il n’a jamais voulu s’associer au pouvoir de Lansana Conté, à la différence de ses adversaires politiques.  Les guinéens lui accordent donc un premier mandat en 2010, au terme d’une élection présidentielle considérée comme la véritable première élection démocratique du pays. Cette confiance des guinéens est renouvelée en 2015. Alpha Condé arrive donc, du moins théoriquement, à la fin de son second et dernier mandat, comme le stipule la constitution de 2010 qui lui a permis, rappelons-le,  d’accéder au pouvoir.

Eh bien, cette constitution de 2010, Alpha Condé n’en veut plus. On assiste aujourd’hui à une véritable propagande d’Etat en vue d’une révision constitutionnelle pour faire sauter ce verrou de la limitation du nombre de mandats présidentiels, pour ainsi lui ouvrir  la voie à une présidence à vie.

Or, l’exemple de Sékou Touré et celui de Lansana Conté, nous montrent que les conséquences d’une présidence à vie sont catastrophiques pour le Pays : les tensions politiques et sociales, les pertes en vie humaines suite à des manifestations réprimées, le blocage économique du pays, l’intensification de la corruption et du détournement des deniers publics …

Notre pays ne doit pas être condamné à revivre ces mêmes expériences fâcheuses. 

Il y a eu une Guinée après Sékou Touré. Il y a eu une Guinée après Lansana Conté. Il y aura une Guinée après Alpha Condé. Et cette Guinée après Alpha Condé, c’est celle à laquelle, il faut désormais penser. Pour cela, nous ne pouvons qu’espérer au bon sens démocratique du Président Alpha, qui, il faut le dire,  a encore la possibilité de marquer positivement et durablement l’histoire politique de notre pays.

Par Oumar Yarani Keita,

Diplômé de Sciences Po Paris

Email : oumaryarani.keita@sciencespo.fr

Tél : +336 66 43 44 51

Moussa Diawara
Journaliste reporter d'images, administrateur Gl à reporterguinee.net Aime le voyage, la lecture, la découverte et le sport